Dragon Magazine n°30 – Le Shotokan en France

Pour faire écho à la parution d’un dossier sur le Shotokan en France dans le magazine Dragon n°30 du 29 avril 2017, retrouvez ici l’intégralité de nos échanges avec la rédaction.


DM : Pouvez-vous nous parler de l’histoire de la JKA/WF France ?

JKAWFF : Notre pays possède nombre d’instructeurs et d’élèves expérimentés s’inquiétant chaque jour davantage des dérives sportives et commerciales qui menacent également, au-delà du Karate-do, le Shotokan JKA et ternissent son image. Voilà pourquoi, un certain nombre d’entre eux ont trouvé salutaire de se regrouper au sein d’une nouvelle organisation en France, avec le soutien et l’aide précieuse de Sensei Masao Kawasoe et de Sensei Toshihiro Mori.

La JKA/WF France a donc vu le jour en 2013. C’est un groupement d’associations, une organisation à but non lucratif, financièrement transparente, entièrement démocratique et exclusivement responsable devant ses membres. Elle respecte scrupuleusement les statuts et les règlements de la JKA World Federation, à laquelle elle est affiliée, et pratique une politique d’ouverture destinée à encourager le plus grand nombre à découvrir ou redécouvrir le véritable Karate-do de la JKA.

Intégration dans une organisation mondiale

En tant que branche officielle de la Japan Karate Association, la JKA/WF France n’a ni responsable ni commission technique, étant entendu que l’unique structure de notre école ayant autorité en la matière – Shuseki Shihan, Shihan-kai, etc. – se trouve à Tokyo, au Japon. Nos membres sont par conséquent libres, dans le respect des seules règles définies par JKA HQ, de promouvoir et de développer comme ils l’entendent la pratique du Shotokan JKA, là où ils se trouvent.

In fine, à l’heure de l’avènement du karaté sportif et olympique, la JKA/WF France est un groupe d’élèves et d’instructeurs 100% fidèles à la JKA, qui désirent étudier librement le Karate-do qu’ils aiment, un karaté authentique et traditionnel, en gardant pour cela leurs racines profondément ancrées au Japon.

Notre objectif déclaré est la recherche de l’excellence technique ainsi qu’un retour à l’esprit et aux valeurs originels de la JKA. Notre ambition étant de maintenir un haut degré de qualité et d’exigence dans notre pratique, nous accueillons toutes celles et ceux qui souhaitent s’entraîner ardemment, étudier le Shotokan JKA en profondeur et prendre une part active à son développement.

DM : Quels sont les liens de la JKA/WF France avec le Japon ?

JKAWFF : Nous avons un lien direct avec le Japon et le Honbu Dojo (dojo central). En effet, la JKA/WF France est la seule organisation JKA en France dont chaque membre est enregistré directement auprès de JKA HQ (Tokyo) et reçoit du Japon une licence individuelle portant un numéro unique d’identification.

Au-delà de ces liens purement administratifs, nos liens sont aussi affectifs avec beaucoup d’instructeurs de la JKA auprès desquels nous nous sommes formés et avec qui nous avons passé plusieurs décennies en karate-gi, partout dans le monde.

DM : Le programme de l’école JKA/WF France du premier cours au 7ème Dan

JKAWFF : La JKA met l’accent sur l’acquisition et la maîtrise des fondamentaux (qu’il faut distinguer des bases), sans lesquels il ne peut y avoir de progrès, ainsi que sur la répétition. Expliquons-nous ; le Karate-do n’est ni un sport, ni un jeu. C’est un art martial traditionnel, une voie d’accomplissement, un Budo, dont le but ultime est d’être capable de mettre hors d’état de nuire un adversaire en lui portant un coup décisif – ichigeki ou ikken hissatsu – lorsque l’affrontement s’avère inévitable. Pour atteindre ce but, le corps et l’esprit doivent agir et être développés simultanément – Gishin Ichinyo (unité de la technique et de l’esprit) – grâce à une pratique intensive du kihon, du kata et du kumite, les trois éléments indissociables qui font du Karate-do un objet d’étude unique et indivisible. C’est l’idée sur laquelle repose entièrement le Karate-do JKA.

DM : Ce programme s’est-il adapté au fil des temps ?

JKAWFF : Non, mais beaucoup se sont fourvoyés ou égarés, notamment à cause de la compétition et du sport.

DM : La compétition

JKAWFF : Le 26 avril 1957, le Maître Gichin Funakoshi décède à l’âge de 89 ans. La popularité du karate-do ne cesse pourtant de croître. En octobre 1957, la JKA organise le tout premier championnat de Karate-do à Tokyo. Lors de ce tournoi, le premier dans l’histoire doté de règles de compétition et d’arbitrage mais exclusivement masculin, le nombre de catégories est limité à quatre, en kumite et en kata, selon que l’on s’y présente en individuel ou en équipe.

Les règlements

En kumite, l’ensemble des règles de compétition et d’arbitrage constitue le système Ippon Shobu.

Evolution

Dès que ce système de tournoi annuel apparaît, il faut peu de temps pour que le Karate-do JKA investisse les villes, les écoles et plus de 40 universités importantes au Japon. Au fil des ans, le tournoi se développe pour inclure une catégorie universitaire (1969), une catégorie kata féminin (1974), une catégorie de jeunes dans la division générale (1975) et une catégorie kumite féminin (1985). De fait, le nombre de participants croît énormément.

En 1975, avec la perspective de l’entrée du Karate-do aux Jeux Olympiques, le premier tournoi international JKA, la IAKF World Cup, est organisé aux États-Unis. Cependant, pour préserver la vraie technique et l’esprit du ippon-shobu, la JKA crée finalement un nouveau tournoi, la Shoto World Cup. En 1985, la première Shoto World Cup se déroule au Japon et témoigne indiscutablement de la dimension internationale du Karate-do.

Pour ce qui est des règles de compétition et d’arbitrage, elles n’ont pas changé depuis 60 ans.

DM : Quelles sont les différences entre les compétitions JKA et WKF ?

JKAWFF : Comme nous l’avons dit plus haut, le Karate-do n’est ni un jeu ni un sport. C’est un art martial dédié à la recherche de la technique décisive qui repose sur la capacité à mettre sa vie en jeu en une fraction de seconde, sur une seule technique d’attaque ou de défense. Les combats, même en compétition, ne peuvent donc se résumer à « comment marquer des points ? ». L’entraînement quotidien doit permettre de générer le maximum d’énergie dans le corps afin de la diriger vers la cible au moyen d’un coup porté avec une puissance maximale. Cette énergie doit exploser à l’intérieur du corps de l’adversaire ou, pour éviter toute blessure, juste à l’extérieur. De cette façon, deux karatékas capables de contrôler cette énergie peuvent s’affronter en compétition. Il ne faut pas frapper rapidement et par conséquent légèrement en compétition JKA. Vous devez faire face à votre adversaire avec l’intention de délivrer une seule technique décisive. Et c’est parce que vous n’avez qu’une chance que cette technique doit être décisive (ichigeki ou ikken hissatsu). L’état d’esprit est vital pour la technique utilisée en ippon-shobu. C’est avec cet état d’esprit que la JKA a « inventé » la compétition en 1957 et c’est cet état d’esprit qui doit perdurer dans le Budo-Karate.

DM : Programme de la formation des instructeurs de la JKA

JKAWFF : Il faut distinguer les deux programmes de formation des deux types d’instructeurs qui officient au sein de la JKA. D’abord, il y a les instructeurs professionnels, spécialement formés au Honbu Dojo, qui sont autorisés à y enseigner une fois diplômés, après avoir suivi un programme spécial sur deux ou trois ans. Ce programme a été créé en 1956 et les plus grands noms du Shotokan mondial en sont issus.

Ensuite, la JKA propose trois types de qualification officielle : instructeur, juge et examinateur. En règle générale, il faut être déjà instructeur qualifié pour être admissible aux deux autres. Pour chaque type de qualification, il existe quatre niveaux : de D à A. Le niveau A étant le plus haut grade proposé à la JKA.

Pour passer d’un niveau à l’autre, l’instructeur doit satisfaire aux exigences d’un examen pour lequel il y a des prérequis. En règle générale, ces qualifications sont renouvelées tous les trois ans.

Il est à noter qu’on ne peut être instructeur (D) avant d’avoir obtenu le 2ème Dan et que les instructeurs formés au Honbu Dojo ne pas sont diplômés avant d’être 3ème Dan.

DM : Quelles sont les figures de la JKA/WF France ?

JKAWFF : Beaucoup d’instructeurs nous ont déjà rejoints, pour certains d’anciens élèves de Kase Sensei, haut gradés ou formés au Japon. Vous en connaissez mais nous ne donnerons pas leurs noms ici car ils n’ont nul besoin de reconnaissance, pas d’égo à nourrir et ils préfèrent continuer de travailler dans l’ombre, loin du Karaté commercial et de ses problèmes politiques. Ils ont choisi la JKA/WF France pour cela et parce qu’ils sont assurés de rester libres. C’est le choix du cœur et d’une pratique martiale authentique.

DM : Quelle est l’évolution en termes de fréquentation des dojos de la JKA/WF France en France ?

JKAWFF : Depuis 2013, nous avons déjà su attirer plusieurs centaines de pratiquants. La porte reste ouverte mais comme notre pratique n’est ni commerciale ni sportive, nos objectifs demeurent prioritairement qualitatifs. La JKA/WF France réunit avant tout des personnes qui partagent un intérêt pour le Karaté japonais traditionnel et qui souhaitent approfondir leur compréhension de l’art tout en renforçant les amitiés qui se nouent dans la pratique.

DM : Quels sont vos rapports avec le service public de la FFKDA ?

JKAWFF : Nous sommes en bons termes avec les gens de la FFKDA que nous connaissons et nous respectons ce qu’ils font et les résultats qu’ils obtiennent dans leur discipline. Seulement, nous ne nous reconnaissons pas dans leur pratique car la FFKDA est une fédération sportive et vous aurez compris que nous ne parlons pas de la même chose.

 

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